Parlons harcèlement

Parlons maintenant d’un sujet plus difficile et qui malheureusement est assez répandu : le harcèlement.

Vous le savez grâce à la presse et aux films qui font de plus en plus l’actualité, le harcèlement scolaire est présent partout même s’il reste à mon avis encore trop tabou.

Je vais essayer de vous parler de mon expérience, dont peu de personnes ont connaissance.
Ça n’a jamais été loin et je n’ai jamais eu d’envies suicidaires ou de choses de ce type, mais ça reste néanmoins un traumatisme, plus ou moins important, dont notre avenir dépend en partie.


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Aussi loin que je me souvienne, les années de maternelle et de primaire se sont déroulées normalement, avec quelques lignes à copier pour bavardage, mais aussi des images gagnées.

Comme beaucoup dans mon cas, cela a débuté au collège.
Née en Décembre, j’étais souvent l’une des plus jeunes. Mais, vous me direz, ça ne change parfois pas grand chose.

C’est au collège que les personnalités se forgent vraiment et certains ressentent le besoin de se sentir puissants et bien vu des autres. Et évidemment, pour accompagner cela, il faut des victimes, qui elles, n’ont pas forcément un caractère assez fort qui permettrait de se défendre.

J’ai toujours été assez réservée / timide en dehors de la maison, et même si ça va mieux maintenant, ce n’est pas toujours simple d’être totalement moi-même en public, ou même tout simplement en dehors de mon petit confort.

Ces années au collège ont été parmi les pires de ma vie.

Moi, jeune fille timide, plutôt solitaire, sans vraie bande d’amis et sans défense, j’étais la victime parfaite.

À cet âge, j’étais encore perdue, en pleine réflexion sur moi-même, pas forcément « à la mode » du moment.
Il s’en est découlé des surnoms comme Shrek ou d’autres moqueries sur ma façon de m’habiller, de me coiffer, ou sur mon physique en général. Tout cela plusieurs fois par semaine, tout en gardant le silence, même à la maison.

Chaque jour j’essayais de me faire discrète pour essayer de passer inaperçue. Pas de prise de parole spontanée en classe (c’était déjà compliqué avec la timidité…), pas de mise en avant. On essaie de tenir le cap jusqu’à ce qu’un jour enfin ça se termine, du moins, on l’espère.

Et puis un jour, j’ai craqué. Nous étions dimanche et nous sommes allés, mes parents, mon frère et moi, manger chez ma tante où étaient également invités ma grand-mère, ma marraine, son mari et leur petit Hugo.
Au moment du départ de ma marraine pour la Bretagne où elle vit, je n’ai pas pu faire semblant plus longtemps. J’étais triste que sa famille reparte, mais autre chose se cachait derrière. Pourquoi à ce moment-là ? Je ne le sais toujours pas mais c’est ce jour que j’ai enfin pu en parler, non sans larmes.

Je me souviens être restée dans une chambre avec ma mère après le départ de ma marraine, et lorsque j’arrivais à me calmer, ma tante, puis ma grand-mère sont venues voir comment ça allait, et chaque fois qu’elles m’ont posé la question, je fondais en larmes de nouveau. Le poids était trop lourd.

Ma mère a voulu agir et parler aux profs ou à la direction mais j’ai toujours refusé de peur que la situation n’empire. Après tout, ce n’était pas grand chose (ou du moins ça ne paraissait pas l’être) et je ne subissais aucune agression physique… La meilleure solution pour moi était de laisser faire et d’attendre.

Je ne veux absolument pas me lamenter sur mon sort ni me faire plaindre mais juste être libre d’en parler et montrer que même des « petites » choses peuvent être déterminantes par la suite.

Alors oui, comme tout le monde, je me suis moi-même déjà moquée d’autres personnes, pas forcément devant elles, mais je l’ai fait. Parfois, nos seuls moyens de défense sont d’essayer de faire comme les autres. Quand ils s’attaquent à d’autres, c’est notre moment de répit.

La chanson de Maëlle « L’effet de masse » décrit parfaitement ce que j’ai pu vivre et surtout ce que de trop nombreuses personnes vivent encore aujourd’hui.

Les années suivantes au lycée et pour les études supérieures n’ont pas été aussi « spéciales » mais pas mal de symptômes me sont restés suite à cela.

Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, n’ait jamais fait partie des dits « populaires » ou de tout autre groupe. J’essayais juste de faire ma place au mieux sans embêter personne.

À cause de ce harcèlement, j’ai perdu la confiance que je pouvais avoir en moi à ce moment-là. J’avais l’impression que dès que l’on me regardait on pensait à mal et que ça n’était que pour se moquer. Encore aujourd’hui, cette souffrance est parfois encore présente.

À cela s’ajoute la peur de déranger, d’être de trop, de ne pas être à ma place dans un groupe, même si ce sont mes amis. Il m’arrive d’avoir peur de ne pas assez compter pour les gens par rapport à tout l’amour que je peux leur porter. Je redoute également d’être trahie ou qu’on se serve juste de moi comme cela m’est déjà arrivé.

En amour c’est tout aussi compliqué. Comment pourrais-je aborder quelqu’un alors que je n’ai pas confiance en moi ? Dans ma tête, je pense tout de suite négativement comme si c’était évident que j’allais être rejetée, alors que d’un côté, je sais que ce ne sera pas forcément le cas.
Peut-être n’ai-je pas encore rencontré la personne pour qui je pourrais oser. Je ne sais pas. Tout ceci est obscur et encore assez effrayant pour moi à l’heure actuelle.

Vous qui me lisez et qui vivez une situation similaire, sachez que vous n’êtes pas seuls dans cette situation, parlez-en, surtout si cela vous donne des idées noires.
Je sais, c’est facile à dire, mais qui sait, cela pourrait peut être vous sauver. De même, si vous êtes témoins de ce genre d’agissements, signalez-le, ou soyez au moins présents pour la personne qui subit ce harcèlement. Le moindre geste peut compter lorsque l’on est pris dans cette spirale.


Aujourd’hui, grâce à mes proches, à mon travail et aux années qui sont passées, je me sens mieux et j’essaie de prendre confiance à chaque instant.

Il reste encore du chemin à parcourir mais je pense que le pire est derrière moi.

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